Quant aux
émotions, cela a
été un travail fastidieux, mais INDISPENSABLE.
J'ai été
très longtemps déconnectée de moi-même avec
l'anorexie. Plus
précisément, je ne voulais être qu'un "pur esprit"
car j'étais
hypersensible.
Avec ma très grande
vulnérabilité, l'accumulation de blessures et d'attentes
affectives vaines m'avait poussé à me construire un monde
à moi. Et pour ne
plus souffrir, la seule solution que j'ai trouvée a
été de me blinder le coeur.
Finalement le corps
était vil à mes yeux parce que la chair était
imprévisible,
parce que les émotions faisaient trop mal (je prenais tout dans
les tripes) et
parce que les gens m'avaient tant déçue. J'avais ainsi
d'énormes blocages.
Or rien que le fait que de
commencer à parler à un spécialiste et de me
confier
à une personne... qui, elle, enfin ne me jugeait, ni ne me
critiquait... m'a
déjà fait beaucoup de bien pour atténuer non
seulement toute la tension que
j'avais en moi, mais aussi pour sortir de ce sentiment écrasant
de solitude.
Ensuite, comme un bébé, j'ai
tout recommencé. J'ai ainsi dû apprendre à
identifier mes émotions.
J'étais si
déconnectée de moi-même que je sentais bien des
troubles, mais
j'étais dans l'incapacité totale de dire ce que
c'était. Notamment, un beau
jour, le spécialiste m'a dit "mais pourquoi êtes-vous en
colère ?".
Et j'ai soudain réalisé qu'il avait tout à fait
raison, j'étais furieuse contre
une personne, mais une partie de moi refusait COMPLETEMENT
d'éprouver une telle
émotion.
Par la suite, j'ai aussi
appris que j'avais le droit d'éprouver certaines
émotions dites "négatives". Par exemple, dans mon
enfance, je n'avais
pas le droit de montrer ma colère sous peine d'être
rabrouée, disputée, voire
de recevoir une claque de ma mère. Ainsi, j'ai très vite
compris que je devais
étouffer ce que j'avais à l'intérieur pour devenir
celle l'on voulait que je
sois : c'est-à-dire la très gentille Vittoria, toujours
sage et raisonnable.
Mais l'autre Vittoria, celle
au fond de moi, qui aurait exprimé ses désirs, ses
opinions, ses colères et ses passions, était
complètement frustrée, et il
fallait bien qu'un jour elle se manifeste.
La boulimie a alors
été un signal pour me faire comprendre que je
n'étais pas
en accord avec moi-même. Plus précisément, elle
compensait tous mes
refoulements accumulés. Et toute cette violence contenue, je la
retournais
contre moi-même en faisant des crises.
C'est ainsi qu'à plus
de 30 ans, j'ai appris qu'émotion et raison n'étaient pas
incompatibles, qu'exprimer ses émotions n'était pas un
manque d'éducation et
que, surtout, la colère n'était pas haïssable et
primaire, mais au contraire un
moyen de détecter que nos propres besoins ne sont plus
respectés.
Plus précisément, il m'a
notamment fallu apprendre à :
- me laisser aller (soit oublier
l'idée de contrôle et accepter enfin de
ressentir ce que j'éprouvais),
- me confier (en laissant alors
derrière moi cette idée que j'étais
anormale, que je ne devais compter que sur soi-même, qu'il y
avait bien
plus grave ailleurs et que je n'avais donc pas le droit de me
plaindre,
etc.),
- relativiser (notamment en
écoutant l'interprétation des autres, les avis
d'autrui sont plein d'enseignement pour sortir du comportement de
victime
toujours négatif et pessimiste envers soi) pour diminuer mes
angoisses, puis
identifier et gérer mes émotions soit disant
négatives comme la colère (émotion
que j'étouffais tant en moi par peur
d'exploser littéralement un jour au point
de devenir extrêmement agressive),
- découvrir mes
qualités (et oui tout le monde en a... même si l'on y
croit
plus).
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