Corps
"ami"
Grâce à la thérapie,
j'ai pu par
conséquent reconsidérer le rôle de mon corps, qui
n'était alors qu'un
instrument et, surtout, un ennemi retors qu'il fallait
impérativement dompter,
sous peine de finir par être trahie un jour ou l'autre.
Pendant toutes ces
années, j'étais anesthésiée, ne voulant pas
être esclave de
mes sens ; soit tel un robot, quasiment déconnectée de
moi-même et de mes
émotions. Je luttais contre ce physique qui était
à mes yeux synonyme de
souffrances avec les privations, la maladie et la douleur, trahison
avec le
sport et l'obligation de s'entraîner en permanence sous peine de
perdre tous
les bénéfices que l'on avait difficilement acquis,
révolution avec l'arrivée de
l'adolescence et ses multiples changements psychiques et physiques et,
enfin,
déchéance avec la vieillesse qui entraîne une
dégénérescence et une perte des
capacités motrices et intellectuelles.
Le travail que j'ai effectué a donc
été fastidieux, et j'ai failli souvent
abandonner, tant j'étais envahie par le doute et la peur de me
perdre ; mais il
en valait amplement la peine.
Dorénavant, grâce
à tout mon travail de remise en question de mes
mécanismes
mentaux, je peux affirmer que mon corps est devenu mon
«partenaire». En me
construisant une intériorité, je suis non seulement moins
inquiète quant à mon
apparence, mais j'ai aussi découvert une nouvelle personne, dont
une femme.
J'ai ainsi appris à
concevoir le sexe féminin autrement que comme un individu
soumis et uniquement «aimable» que s'il conserve un
physique agréable et qu'il
le maintient jeune et mince (sous peine de perdre
l'intérêt de son compagnon).
Je suis parvenue à reconsidérer les courbes
féminines, soit plus comme un
excès, mais tout simplement comme une spécificité.
J'ai dû également
travailler sur ma conception de la sexualité et dépasser
l'idée de femme comme l'éternelle «proie» de
l'homme et les notions de corps
«péché», «animalité» et
«bas instincts», salissure et perte de contrôle de
soi.
Ainsi, après avoir dépassé des stades tels que
«me donner le droit au plaisir»,
puis accepter de m'engager sur une longue relation, soit une attitude
plus
adulte et responsable, mon exploration est devenue une occasion de
mieux me
connaître et de mieux connaître l'autre. A présent,
mon corps est donc devenu
un partenaire fabuleux auquel je dois demander pardon. Celui-ci me fait
découvrir chaque jour un peu plus les merveilles de la vie :
plus
particulièrement les sens comme le toucher (dont les massages et
les
étreintes), le goût et ses multiples variantes que nous
offre la nature et
l'art culinaire ou les odeurs. Effectivement, auparavant, seuls la vue
et
l'ouïe me semblaient dignes d'intérêt.