Devenir
femme(homme) / Devenir adulte
Grâce
à la thérapie,
j'ai pu enfin faire un long travail sur moi-même. Or, en prenant
la décision de
consulter un spécialiste, l'une des meilleures décisions
que j'ai prise de mon
existence, j'ai pu réaliser que mon comportement camouflait bien
des mystères.
L'adolescente, puis la jeune fille si
consciencieuse, appliquée et disciplinée
que j'étais, avec mon attitude emprunte de tant de
volonté et qui me faisait me
sentir tellement plus forte que tous les autres, ignorait totalement
son
immense vulnérabilité. Plus particulièrement,
cette aliénation de mon apparence
corporelle et ce désir extrême d'un physique
épuré, c'est-à-dire mon aspect
extérieur, avait l'avantage de m'éviter de penser
réellement à mes nombreux problèmes
«intérieurs».
Effectivement, mon corps devait
prendre le moins d'espace possible parce que je
ne me trouvais pas ma place dans ce monde.
Je n'étais pas prête
à devenir femme pour ne pas devenir l'enjeu d'un jeu
sexuel ou la compagne soumise d'un homme. J'avais un rejet total du
modèle de
potentielle «mère de famille» et l'absence de mes
règles ne pouvait que me
rassurer.
Je
ne voulais pas devenir adulte car
le monde n'avait absolument aucun attrait
pour moi avec notamment le chômage, l'injustice, la
compétition, la violence,
l'abrutissante société de consommation, ou encore la
pauvreté pour plus des
deux tiers de la population mondiale et la quasi-indifférence ou
l'absence de
réactions des pays riches.
En arrêtant le temps,
j'étais soulagée. Mais malgré mes efforts
axés sur mon
physique, j'étais emplie de multiples peurs qui m'ont tout
simplement conduite
à ne plus vouloir vivre, la vie ayant fini par ne plus
être, à mes yeux, que
chaos.
Ces
faiblesses étaient des
PEURS fondamentales face auxquelles je n'avais
absolument aucune défense telles que l'échec, le rejet,
l'abandon, les
expériences douloureuses comme les relations humaines qui
s'avéraient si
souvent décevantes, le manque de repères affectifs,
l'absence de confiance en
moi et surtout d'estime de moi-même, ainsi que
l'incapacité à m'affirmer et à
gérer le moindre conflit ; sans oublier les répercussions
de la culpabilité
induite par mon éducation.
Quant
aux désirs, je
quêtais en permanence l'approbation d'autrui, je voulais à
tout prix être parfaite en toute chose et, surtout, être
aimée de tous.
Entre mes
blessures qui remontaient à l'enfance, mon
hypersensibilité
émotionnelle et mes désirs irréalisables, je
m'enfonçais psychologiquement et
ne pouvais qu'être ENVAHIE par le sentiment omniprésent de
VIDE, D'INSECURITE
ET D'ANGOISSE. En quelque sorte, comment pouvais-je manger alors que
c'est la
peur qui me mangeait ?